Sciences


De la preuve en Science...
Il est des erreurs qui se répètent à l'infini. Pas parce que les gens sont bêtes, mais plutôt parce qu'ils ne sont pas attentifs. Pas forcément précautionneux. Surtout avec les mots qu'ils utilisent. C'est cliché, je le sais bien, mais ayant cotoyé quelques chercheurs, et étant auditrice et lectrice assidue de ceux-ci, je ne peux me voiler la face: les scientifiques ne sont pas doués avec les mots. Et pas, mais alors pas du tout prudents avec eux.
En science, le mot preuve, ou le mot prouver, donnent lieu à une de ces erreurs monumentale.
Il est en effet malheureusement courant d'entendre ou de lire, de la part de scientifique reconnus, des variations autour de la phrase: "ceci prouve telle théorie, du moins jusqu'à ce qu'on prouve le contraire".
Patatras, le mal est fait, le ver est dans le fruit.
Rendez-vous compte!  La science, cette chose qu'on nous présente comme idéale, solide, imperturbable, est en fait un colosse au pied d'argile, ce qu'elle dit peut changer du jour au lendemain!
Comment voulez-vous expliquez à qui que ce soit (je ne pense pas qu'aux élèves) que la science est solide, calculable, mesurable, si on fait croire que le discours scientifique est aussi changeant que le vent?
Bien sûr, je dramatise, mais j'ai eu le problème en classe, et je me suis aperçue que, parce que les scientifiques ne choisissaient pas les bons mots, ils étaient compris de travers, avec des conséquences funestes. 
Et c'est vraiment, vraiment trop bête.
Alors mettons les choses au point.

La matière première de la science, ce sont les faits.
Des faits établis, mesurables, vérifiables.

C'est à dire que, pour peut que vous ayez du matériel adéquat, vous pourriez très bien refaire les mesures.
Oui, je sais bien que vous n'avez pas un accélérateur de particules dans votre salon, donc ce n'est pas très pratique cette histoire, mais c'est pour cela que les articles scientifiques existent. Parce que dans ces articles, l'équipe qui a fait les mesures concernant ces faits va détailler ces mesures, la façon dont elles ont été faites, et tout ce qui les caractérise.
Et cela permet à n'importe quelle autre équipe du monde de vérifier ce qui a été fait, et c'est très, très précieux. Pour tout le monde. 
Et puis, une fois qu'on a des faits, on peux commencer à réfléchir. Parce qu'il faut trouver des explications pour ces faits, si toutefois on ne les connait pas encore.

Ces explications que proposent les scientifiques, cela s'appelle des théories.
En tout cas, elles portent ce nom là tant qu'on est pas sûr d'avoir trouver la bonne explication. Et souvent, il faut des années, des tonnes de patience et des tonnes d'essais pour avoir la "bonne" théorie. Et puis même, parfois, on pense que ça y est, on la tient, elle explique tous les faits auquels on avait accès...
Et puis non, un nouveau fait, bien solide, ne colle pas, et il faut revoir l'explication.
Alors, on cherche, on collecte d'autres faits, pour avoir un maximum de matière première, et on recommence, encore et encore. Jusqu'à ce qu'on trouve l'explication.
On est comme ça en science. Relativement obstinés! 

Et puis parfois, c'est fabuleux, historique, merveilleux, une théorie devient une loi. On l'a tirée dans tous les sens, on l'a vraiment tournée et retournée, on a eu plein de faits bien solides à lui faire avaler, et vous savez quoi, elle les a digérés sans problème. Tous les faits s'expliquent. On peut passer au problème suivant (il y a toujours un problème suivant. Si, si.)

C'est magnifique, la science, et c'est solide.
Parce que les faits sur lesquels elle s'appuie le sont.

Alors la prochaine fois que vous entendrez une variante de cette fameuse petite phrase, quelque soit le chemin qui vous a amené jusque là, vous ne sursauterez plus; vous saurez. Vous saurez ce que ce scientifique a voulu dire, et vous lui souhaiterez bonne chance sur ce long chemin semé d'embûche.